Lost In Translation (Sofia Coppola, 2002)
Par M, dimanche 27 mai 2007 à 23:07 - Brouillon de culture - #211 - rss
Comment dit-on perdu en japonais ?
Bob est acteur, Bob ne connaît pas la langue, Bob est perdu...
Charlotte accompagne son mari photographe. Délaissée, elle est tout aussi perdue...
Leur rencontre se déroule dans un hotêl de Tokyo, au beau milieu de la jungle urbaine japonaise.
Bob, c'est Bill Murray, très convaincant dans le rôle de l'acteur sur le retour, au bord de la crise de la cinquantaine, en quête d'argent dans un pays pour lui complètement hostile. Charlotte, toute jeune mariée, c'est Scarlett Johansson touchante de candeur avec son sourire si ingénu.
Après le génial Virgin Suicides, Sofia Coppola confirme son grand talent dans la mise en perspective de l'esprit humain face à l'adversité et surtout face aux différences rencontrées chez les autres...
(ce qui me rappelle d'ailleurs que je n'ai pas vu Marie-Antoinette et que je ne sais absolument pas ce qu'il vaut)
Atmosphère, atmosphère, est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ?
Lost In Translation, c'est une succession de scènes hilarantes (la séance photo avec un photographe japonais bavard et une traductrice minimaliste est grandiose) ou touchantes (lorsque Bob et Charlotte se croisent, l'un allant à la piscine de l'hôtel, la seconde en revenant ; s'ensuit un silence presque gênant, le silence de 2 étrangers qui se comprennent pourtant parfaitement), entrecoupées de scènes au contenu narratif nul qui sont là uniquement pour créer une atmosphère palpable, un univers qui colle aux sentiments des personnages (on se sent perdu comme Charlotte lorsqu'elle contemple la ville de Tokyo, seule, pendant un long instant, du haut de la fenêtre de sa chambre d'hôtel).
Sofia Coppola nous convie à un voyage au cœur du Japon, qui nous confronte à un décalage permanent face à la société japonaise vue par les yeux d'occidentaux, décalage dont on n'a pas la clé. La réalisatrice se fait observatrice des errances de ses personnages et habille la relation interdite de Bob et Charlotte d'une délicatesse et d'une retenue magnifique pour en faire un événement hasardeux et fragile, complètement en dehors du temps, détaché du reste du monde.
Et une fois encore, un soin tout particulier est apporté à la bande son, où se mêlent avec bonheur Air, Death in Vegas ou encore Kevin Shield (My Bloody Valentine).


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