• Première remarque : les candidats signalent en général qu'ils cautionnent leur programme par un « Vu, le candidat » dans un coin du tract. Bonnets d'âne de la catégorie (par ordre alphabétique) : François Bayrou, Olivier Besancenot, Arlette Laguiller, Jean-Marie Le Pen, Nicolas Sarkozy, Philippe de Villiers et Dominique Voynet qui n'ont semble-t-il pas lu leur programme.

  • Besancenot, Bové, Buffet, Laguiller & Shivardi ont exactement le même programme (avec quelques originalités pour Laguiller qui voit plus loin que le scrutin en remettant au goût du jour la lutte des classes). Ils auraient pû l'écrire sur la même feuille (avec 3-4 lignes pour expliquer leurs différences profondes), ça aurait fait des économies de papier.

  • Laguiller, c'est pas la peine de perdre son temps, c'est le même programme (et la même photo, la couleur en plus ?) depuis 1974 et sa 1e candidature. Ça commence bien par « Travailleuses, travailleurs, » ça rassure... Au moins, l'argumentation est limpide et le message très clair.

  • Besancenot porte un joli projet de société sur une page. Belle inspiration. Et puis il retrouve ses racines à la page suivante : interdiction pure et simple des licenciements, 32 heures hebdomadaires avec embauche obligatoire, sans contrat précaire. Facile.

  • Bové est le chef de file des luttes contre toutes les discriminations. Au point d'introduire la règle des déclinaisons au féminin obligatoires et explicites. Ça donne, par exemple, « tou-te-s les résident-e-s étranger-e-s ». Cerise sur le gâteau, son site « uni-e-savecbove.org ». En plus d'être contraire aux règles élémentaires du français, c'est illisible. Besancenot ne pouvait le laisser seul présenter cette avancée majeure et lui emboîte le pas dans cette tendance. La palme de la plus belle formule revient tout de même à Bové, qui ne croit pas à « l'alternance sans fin entre la droite dure et la gauche molle ». Tiens, ils ont réussi à lui trouver une photo sans son indéboulonnable pipe. Paraît aussi qu'il a eu 6 mois ferme de prison parce qu'il a « dénoncé la mal-bouffe ». La France est une vraie dictature*.

  • Shivardi dit la même chose, et ça tombe bien il a lu aussi son programme (s'il avait lu aussi celui des pré-cités, on aurait gagné du temps). Pas la peine qu'il précise que son papier est recyclé, ça se voit. C'est le seul en noir et blanc, il sait que ses frais de campagne ne seront pas remboursés. Sinon, en gros, lui il est d'accord avec toute l'extrême gauche, mais en plus, il est contre l'Europe.

  • Buffet, c'est la même chose, mais sur fond rouge. Je ne sais pas où est passé le nain de jardin qui leur servait de mascotte jusqu'en 1995... Ah, on me signale dans l'oreillette qu'il a été remplacé par Buffet pour des questions de crédibilité. C'est pas gagné.

  • Chez les Verts, c'est la photo de Voynet qui fait peur. Elle a dû travailler chez Freedent pour avoir un sourire pareil où on lui voit toutes ses dents. C'en est effrayant au lieu de rassurer... Elle recueille tout de même les témoignages d'Hulot et de Bougrain-Dubourg, et c'est mieux quand ils sont « publiés avec l'autorisation de leurs auteurs ». Ça veut dire que les témoignages de Cohn-Bendit, Duflot, Mamère, Blandin et Cochet l'ont été à l'insu de leur plein gré ? Quand au programme, c'est un catalogue supposé de 50 propositions en 15 points. Concrètement, c'est pas moins de 130 propositions qui sont déballées, avec une tentative de tri pas tellement réussie. Visibilité et lisibilité nulles. Chez les Verts, on ne parle pas d'homosexuels (c'est tabou ?), mais de « couples du même sexe ». J'aurai aimé qu'un parti écologique détaille l'origine du papier... On n'en saura rien (rien non plus sur ce logo « Régions et peuples solidaires » qui apparaît à 3 reprises).

  • Avec Royal, c'est sobre, c'est propre, c'est bien fait, on ne peut être que d'accord avec ce qui est proposé (dommage que l'écologie et le développement durable ne soit qu'un détail programmatique au milieu du reste). Mais pourquoi diantre nous impose-t-on une photo en noir et blanc digne des grandes années 50 (dont Mme Royal nous paraît le parfait emblème dans sa dignité très BCBG). Dans le même temps, le PS s'affirme un peu et a abandonné son rose (mais pas sa rose) fétiche pour un rouge bien pétant (PC, tiens-toi bien !). Au fait, « La France Présidente » ? C'est pas « Royal Présidente » ? Ou alors j'ai rien compris...

  • « La ruralité d'abord » chez Nihous de CPNT. Élève Frédéric Nihous, vous me recopierez 100 fois : « Je dois bien relire ma copie avant de la rendre. » Doublon de mots, constructions lourdes et répétition significative vous pénalisent. Un bon point pour l'originalité même si c'est la porte ouverte à toutes les dérives : «reconnaissance de tous les modes de chasse» et «lutter contre les délires protectionnistes et écologistes». Un autre (vrai) bon point sur la prise en compte du vote nul, mais pourquoi rendre le vote obligatoire ?

  • Pour Bayrou, c'est encore mieux : c'est du « papier de qualité écologique ». On n'en saura pas plus, ainsi que pour ses 18 axes programmatiques déclinés en une litanie de propositions complètement vagues. Il est bien évidemment en rupture avec l'UMP et le PS qui ont eu tous les pouvoirs depuis 25 ans (juste avant c'était l'UDF). Un portrait peu souriant nous apprend que son recollage d'oreilles a été un magnifique succès. Autre bon point, son slogan parmi les meilleurs : « La France de toutes nos forces ».

  • Sarkozy a une tête de 6 pieds de long. C'est pas possible autrement, ils ont retouché la photo et ça fait peur... « Ensemble, tout devient possible », venant de Sarkozy, ça fait encore plus peur que la photo... Sarkozy, enfin, c'est la rupture avec les 25 dernières années. Pour ceux qui ne suivent pas, Nicolas Sarkozy n'a évidemment eu aucune responsabilité politique ces dernières années... À lire, c'est bourré de contradictions le long du texte ou bien en regard de son action passée...

  • Avec de Villiers, c'est une belle surenchère permanente. Philippe de Villiers, c'est le patriotisme. Philippe de Villiers, c'est 250 propositions pour « obliger la droite à mener enfin une vraie politique de droite » (jusqu'ici, c'était de la roupie de sansonnet). Philippe de Villiers, c'est 22 milliards d'économie par an (22 ça fait plus sérieux que 20). Philippe de Villiers, c'est un gros nez en 1e page, mais pas de papier recyclé (et ce n'est pas le seul).

  • Le Pen est le seul à s'offrir une photo sur une double page. Il a quand même eu le bon goût de ne pas mettre sa tête en gros. De toutes façons, il y a encore trop de place pour son programme. Son slogan : « Votez Le Pen ». Direct et efficace, au moins on ne perd pas trop de temps à lire son dépliant. Sa très instructive bibliographie sur Wikipedia m'a appris qu'il s'appelait au départ Jean Le Pen. Le -Marie est arrivé plus tard pour séduire les bons français catholiques (d'ailleurs il remercie Dieu dans son tract). Mauvais choix : les catholiques sont une espèce en danger d'extinction, et d'ailleurs les français aussi selon Le Pen. Pour le programme, je ne peux rien en dire, j'ai vomi avant la fin.

Avec cette analyse aussi fine et détaillée des programmes des 12 candidats, il ne devrait pas être trop difficile de faire son choix. Pour ceux qui n'y arriveraient vraiment pas, il y a en dernier recours le Générateur de président de la république de kek attention, âmes sensibles, s'abstenir !).


* Ce qui me rappelle un très bon billet d'Eolas où il démontre que Bové n'a aucune chance d'aller en prison et que l'intéressé le sait très bien.