• Cette année, nous avons le choix parmi 12 candidats. C'est mieux qu'en 2002, avec ses 16 candidats (record en cours) et on reste heureusement loin du bipartisme à l'américaine. Pas sûr toutefois qu'il n'y ait pas une sévère redondance entre certains candidats (j'y reviendrais) ;
  • Les sondages racontent toujours autant n'importe quoi et en arrivent finalement à créer l'opinion : ainsi de la percée surprenante (et calculée ?) de Bayrou ces derniers mois ;
  • Ségolène Royal est nulle en communication et ne porte absolument aucun projet de société. Le PS n'a rien compris de ce qui s'est passé en 2002 et court droit vers un nouveau désastre. À mon avis, Royal n'a même aucune chance d'atteindre le second tour, coincée entre la montée en puissance de Bayrou et l'éclatement de l'extrême gauche. Quand bien même elle y arriverait, le cumul d'intentions de vote de tous les partis de gauche (dans l'hypothèse relativement improbable d'un report parfait des voix) ne lui assure qu'une belle défaite. Point positif : peut-être qu'un nouveau passage dans l'opposition placera le PS au pied du mur, préalable nécessaire à une réelle refondation. Dernier avatar en date : l'incorporation de Chevènement dans l'équipe de campagne de Royal. Le dernier éléphant qui rejoint le troupeau, seule le candidat a changé en 5 ans ;
  • Nicolas Sarkozy est inquiétant (voire dangereux) et a lui tout compris en communication : qui contrôle les médias, contrôle l'opinion. Sarkozy n'a pas un contrôle direct à la Berlusconi sur les grands médias, mais un contrôle insidieux via un réseau puissant (l'ex directeur de Paris Match en a déjà fait les frais) et sa propre équipe pour fournir aux médias des images choisies et contrôlées (qu'ils acceptent religieusement) ;
  • François Bayrou s'affiche en grand rassembleur (et ça lui réussit plutôt bien) alors qu'il est bien ancré à droite. La preuve : le ralliement d'Édouard Fillias (candidat du parti Alternative Libérale) à son profit. Le plus drôle, c'est que s'il est par le plus grand des hasards élu Président de la république, il n'aura absolument aucune chance d'avoir un parlement uni derrière lui, l'UDF étant un parti mineur comparé au PS et à l'UMP ;
  • Les programmes des principaux candidats sont absolument délirants en termes de chiffrage (on évoque 50 milliards d'euros pour Sarkozy et Royal, 20 milliards pour Bayrou). Cette citation (attribuée à Charles Pasqua en son temps) résume bien le climat :

    « Les promesses, ça n'engage que ceux qui y croient. »

  • Les autres candidats ressortent eux aussi bien gentiment les mêmes programmes qu'il y a 5 ans, avec les mêmes priorités : sécurité, chômage, vie chère... ainsi que l'immigration à droite et le droit des travailleurs à gauche... Lot de consolation : il s'agit certainement des dernières élections présidentielles pour Arlette Laguiller et Jean-Marie Le Pen ;
  • L'extrême gauche apparaît encore une fois complètement éclatée : quand bien même ses 5 candidats partagent bien 99% d'idées communes, ils ne sont pas foutus de se mettre d'accord sur une candidature unique. Comme le dit si bien François Hollande (ça lui arrive de temps en temps, et la peur de se faire expulser à cause de l'extrême gauche n'y est pas pour rien) :

    « Est-ce qu'il faut trois candidats trotskystes à chaque élection présidentielle ? »

  • À l'inverse, l'extrême droite paraît terriblement bien organisée autour de Jean-Marie Le Pen. Toujours ces mêmes chers thèmes de campagne (l'immigration, la sécurité, la France aux Français, etc.), toujours cette grande thèse du complot ourdi contre lui. Et une chance réelle de s'inviter une nouvelle fois au second tour devant l'incapacité de Nicolas Sarkozy à lui prendre des voix (malgré un penchant marqué vers les mêmes idées) et la situation du racisme en France (un rapport de la CNCDH indique que 48% des Français estiment qu'il y a trop d'immigrés en France et 30% se déclarent racistes).
  • Les seules surprises étant la candidature de José Bové, arriviste de 1e classe doté d'un grand opportunisme (toutes les qualités d'un bon politicien), et la non-candidature de Nicolas Hulot, qui aura eu le mérite de remuer un peu la fibre écologique avant que les candidats officiels s'empressent de l'oublier pour parler de choses plus sérieuses...

En conclusion de cet argumentaire, je verrais bien un ticket Sarkozy-Le Pen au 2e tour aboutissant à une nouvelle défaite à plate couture du leader frontiste. Bref, rien de bien nouveau et pas de quoi s'enthousiasmer devant la politique en France (j'en viendrais presque à regretter Chirac... Gasp). Je reprendrais bien un peu de vote blanc s'il vous plaît !


* À noter que la campagne officielle débutera le 9 avril uniquement et organisera à la proportionnelle les temps de parole des candidats. On peut dès lors s'attendre à une montée des partis mineurs dans l'opinion puisqu'ils auront ainsi accès à des médias squattés par les 3 candidats présentés comme principaux (Royal, Bayrou, Sarkozy).