• 1918 : une petite fille sale assise dans une rue de Belleville (Nord), attend sa mère qui chante pour gagner 3 sous.
  • 1935 : Édith Giovanna Gassion arrive à Paris et chante à son tour dans les rues pour pouvoir manger.
  • 1956 : Édith Piaf triomphe au Carnegie Hall à New York.
  • 1963 : Édith Gassion s'éteint à Plascassier, détruite par des excès d'alcool et une dépendance à la morphine. Elle a 47 ans et en paraît 80.

Entre ces 4 images, Olivier Dahan a reconstruit un film, un puzzle, pour raconter les multiples facettes du personnage Piaf. Il va puiser dans ses racines, dans son enfance pour expliquer une vie complètement débridée, dissolue. Édith Piaf n'a jamais fait les choses à moitié, poussée par la passion. L'amour de sa vie, Marcel Cerdan, qui lui inspirera son plus grand succès, « L'hymne à l'amour », mais surtout son amour inconditionnel du public et de la scène. Ces 2 piliers qui la porteront avant même de précipiter sa propre perte.

« Emportée par la foule », Édith Piaf sera victime de ses excès et de son besoin irrésistible de chanter sur scène. On ne peut s'empêcher de frissonner quand elle revient une 2e fois sur scène après un premier malaise, acclamée par le public et portée par la morphine dont elle est devenue dépendante, avant de défaillir à nouveau à bout de forces...

Certes, Olivier Dahan n'a pas pu s'empêcher d'accentuer le pathos de la vie de Piaf (par exemple lorsqu'elle quitte la maison close de sa grand-mère, ou sur la déchéance des dernières années). La Môme reste un film marquant, touché par la grâce d'Édith Piaf, personnage tellement entier et brut de décoffrage. Marion Cotillard (méconnaissable de bout en bout) lui insuffle une force incroyable, avec un aplomb intact et des scènes de play-back d'une grande justesse. Le film est également l'occasion de revoir le Paris des années 30 à 50, avec ses cabarets et ses spectacles de rue. Il met aussi en scène une pléthore de rôles secondaires qui donnent corps à l'histoire (Gérard Depardieu en Louis Leplée qui découvre la jeune Édith dans les rues de Paris ; Pascal Greggory en Louis Barrier, l'ami de toujours et amoureux transi ; Jean-Pierre Martins dans le rôle-clé de Marcel Cerdan ; Clotilde Courau et Jean-Paul Rouve, les parents perpétuellement absents d'Édith ; Sylvie Testud en Mômone, l'amie de galère de la jeune Édith ; Emmanuelle Seigner dans le rôle de Titine, une prostituée fictive).

La Môme est un film dur, presque éprouvant, à voir pour découvrir ou redécouvrir la vie de Piaf, qui donne un autre sens à son œuvre. Piaf était une petite femme hors du commun, déterminée et dotée d'un caractère impossible, et pourtant fragile comme un oiseau.

Reste cette voix, qui aura mis Paris, la France et l'Amérique à ses pieds...