Cría cuervos sort en copie neuve aujourd'hui (7 Février 2007) à l'occasion des trente ans du film. Une occasion en or* de (re)voir ce film marquant, qui retrace un épisode de la vie de 3 filles dans le Madrid post-franquiste des années 70, toujours marqué par le rigorisme de l'ex-dictateur.

Nous suivons essentiellement le cheminement d'Ana (Ana Torrent, d'un détachement presque choquant), la puinée de 3 filles qui ont perdu leur mère (Géraldine Chaplin, réellement touchante) il y a quelques temps, à cause d'une cruelle maladie. Ana qui ne dort plus depuis la mort de sa mère, est convaincue que son père est la source de tous les malheurs que sa mère a vécu avant sa mort. Elle tente alors de l'empoisonner et pense que son stratagème a réussi...

Le film retrace alors l'histoire de la mère d'Ana et de ses souffrances, à travers les quelques souvenirs d'Ana elle-même, dont la récurrence sous diverses formes souligne l'aspect fragmentaire. La petite fille, à partir de bribes de réalités, recrée une réalité distordue dont il est difficile de saisir les contours exacts. Elle-même semble le savoir inconsciemment, lorsque sa mère lui avoue, sur son lit de malade :

« Todo es mentira.
No hay nada. »

Tout est faux.
Il n'y a rien.

À travers ce film, Carlos Saura dénonce le machisme et la rigueur de la société franquiste (bien que réalisé après la mort du dictateur, Cría cuervos décrit bien la vie à Madrid au temps de Franco). Seules quelques touches de fantaisie viennent égayer le quotidien des fillettes (Rosa la bonne, Roni le cochon d'Inde, un vinyle de la chanson Porque Te Vas qui rythme le récit, quelques accessoires de déguisement, un jardin avec une piscine vide...). Enfermées dans une maison au beau milieu d'une ville étouffée par un insupportable vacarme urbain, les fillettes s'évadent dans leur propre monde où la mort côtoie la solitude de l'enfance...


* Cría cuervos est cette actuellement à l'affiche du Comœdia, et ça vaut le détour !