Les États-Unis en guerre contre l'Iran... pour bientôt ?
Par M, mercredi 13 septembre 2006 à 12:12 - Décryptage et actualité - #102 - rss
Après l'Afghanistan et l'Irak, tous les regards se tournent vers l'Iran, maintenant que la Corée du Nord se fait plus discrète (il faut dire aussi que le pétrole s'y fait plus rare).
Alors, une guerre en Iran, fiction ou pronostic gagnant ?
Si l'on y regarde d'un peu plus près, le scénario de base est exactement le même que pour l'Irak, il y a 3 ans et il est toujours écrit par les néo-cons américains :
- Il faut d'abord commencer par préparer l'opinion (nationale et internationale) en présentant l'Iran comme une dictature dangereuse. Depuis 2002, l'Iran est présenté comme un avant-poste de l'Axe du Mal (« l'Axe du Bien » étant bien sûr mené par les États-Unis) qui soutiendrait le terrorisme et possèderait des armes de destruction massive ou pourraient s'en procurer. Début 2005, l'Iran est également qualifié par Condolezza Rice dans les pays composant « l'avant-poste de la tyrannie ». Il s'agit d'une première étape de pure propagande afin d'instiller le doute et l'inquiétude dans l'esprit des gens [1].
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Dès la seconde étape, le pays visé peut commencer à s'inquiéter. Les États-Unis accusent directement le pays d'exactions sans preuves (ici, la volonté d'obtenir des armes nucléaires. Il est pourtant certain que l'Iran ne pourrait pas obtenir la technologie nécessaire avant 10 ans, et il faudrait encore des années pour qu'il la mette en œuvre [2]). Si la 1e étape a bien été négociée, on peut passer rapidement à la 3e tant elle paraît justifiée aux yeux de l'opinion. On se rappelera ici les paroles d'un certain Donald H. Rumsfeld, secrétaire à la Défense des États-Unis, aux ministres de l'OTAN, à Bruxelles, à la veille de l'invasion de l'Irak :
« Il y a des choses que nous connaissons. Et puis il y en a d'autres que nous savons ne pas connaître. C'est-à-dire qu'il y a des choses dont nous savons que, pour l'instant, nous ne les connaissons pas. Mais il y a aussi des choses inconnues que nous ne connaissons pas. Il y a des choses dont nous ne savons pas que nous ne les connaissons pas. En résumé, l'absence de preuve n'est pas la preuve d'une absence... Ne pas avoir la preuve que quelque chose existe ne veut pas dire qu'on a la preuve qu'elle n'existe pas. »
- À partir de là, on passe à un cursus plus diplomatique (si l'on peut dire). L'idée est simple et a été appliquée à de nombreuses reprises, la plus récente étant l'attaque du Liban par Israël, soutenu par les États-Unis [3]. Il faut tout simplement proposer des résolutions (volontairement) inacceptables par la partie adverse qui ne peut donc que les rejeter. Ceci aboutit donc à un blocage diplomatique, ouvrant la voie à des sanctions (que ce soit au niveau des États-Unis ou bien de l'ONU directement) jusqu'à un possible embargo. Le but de ces manœuvres est de retourner l'opinion du pays contre ses propres dirigeants [4] (malgré la démonstration implacable en Irak que cela ne fonctionne pas). La situation ne progressant toujours pas (ces rétorsions ne pouvant pas débloquer le processus qui est de plus toujours bloqué par les États-Unis [5]), l'usage de la force devient alors nécessaire. L'échec diplomatique étant international (soit par l'ONU, soit par le Quartet - UE, États-Unis, Russie, ONU), il délie les États-Unis de toute obligation de suivre les traîtés internationaux et leur permet dès lors une opération unilatérale (éventuellement soutenue par un groupe d'alliée de circonstance).
Cette stratégie n'est pas une surprise et s'incrit dans le projet de remodelage du Moyen-Orient par les États-Unis. Le but, non-avoué [6], est de placer dans ces pays riches en réserves pétrolifères des régimes inféodés au gouvernement des États-Unis, avec la complaisance silencieuse des autres pays occidentaux.
En 1e ligne de ce grand projet se trouvaient l'Irak et aujourd'hui le Liban, et bientôt sans doute la Syrie et l'Iran... Le 2e mandat de Georges W. Bush se termine en janvier 2009. Il lui reste donc un peu plus de 2 ans pour mener cette grande idée à son terme.
Lire également :
- Pourquoi Bush choisira la Guerre contre l'Iran : la traduction d'un article de Ray Close, ancien analyste de la CIA dans Information Clearing House, 25 août 2006 ;
- La voix brouillée de la France : un regard sur la position (volontairement ?) floue de la France au Moyen-Orient ;
- L'armée américaine lasse de la guerre : peut-être une lueur d'espoir pour contrer de l'intérieur les dérives expansionnistes des néos-cons ;
- Nouvelles d'Orient : le blog d'Alain Gresh, ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique, consacré au Proche-Orient.
[1] : Début septembre 2006, la Maison Blanche a publié une actualisation de sa « Stratégie nationale pour combattre le terrorisme ». « L'Iran reste l'Etat soutenant le plus activement le terrorisme international », dit le texte - l'un des outils de la campagne de communication de l'administration. Dans un discours, G. W. Bush renchérit sur le même thème : « L'Amérique ne s'inclinera pas devant les tyrans », ajoutant ensuite : « Ben Laden et ses alliés terroristes ont signifié leurs intentions aussi clairement que Lénine et Hitler avant eux. La question, c'est: prêterons-nous l'oreille? ». [Lire l'article complet : Bush met l'Iran et Al-Qaïda au même niveau de menace pour les Etats-Unis]
[2] : L'AIEA elle-même dément les informations mensongères avancées par les États-Unis : « L'Agence Internationale à l'Energie Atomique (AIEA) a déclaré que le rapport du Congrès [des États-Unis] publié le mois dernier contenait "des informations erronées, trompeuses et non corroborées" et qu'il prenait comme une "grave insulte" les affirmations "incorrectes et mensongères" de ce rapport selon lesquelles l'AIEA cachait certains de ses doutes concernant les intentions nucléaires de l'Iran. ». [Lire l'article complet : L'ONU attaque le rapport des Etats-Unis sur le nucléaire iranien]
[3] : « Le vendredi 21 juillet, soit une dizaine de jours après le début de l'agression israélienne, le San Francisco Chronicle a publié un article expliquant que cette opération était planifiée et présentée aux États-Unis à des militaires, des diplomates, des journalistes et des think-tank depuis plus d'un an ». [Lire l'article complet : L'agression israélienne est planifiée depuis plus d'un an (San Francisco Chronicle)]
[4] : L'Iran n'est peut-être pas un modèle de démocratie mais le président et le parlement y sont toutefois élus au suffrage universel direct. [Lire sur Wikipedia : Politique de l'Iran]
[5] : Depuis 1970 et l'affaissement de l'influence de l'URSS, les États-Unis représentent 65 à 75% des vétos utilisés au Conseil de sécurité de l'ONU. Ils ont notamment utilisé 39 fois leur droit de véto entre 1972 et 2004 pour protéger Israël de la critique au Conseil de Sécurité des Nations-Unies. [Voir la liste complète : Liste mise à jour des vétos américains pour protéger Israel de la critique au Conseil de Sécurité des Nations-Unies
[6] : G. W. Bush a déclaré récemment : « Ce que le peuple américain doit savoir, c'est que nous avons une stratégie, une stratégie pour la paix au Moyen-Orient qui protégera le peuple américain à long terme. Et nous avons une stratégie qui s'adresse aux situations qui se produisent au Moyen-Orient — premièrement le Liban, naturellement, la question de l'arme nucléaire iranienne ». [Lire l'article complèt : Derrière le plan de « trêve » de Bush : la campagne pour l'expansion de la guerre au Moyen-Orient]

Commentaires
1. Le dimanche 17 septembre 2006 à 21:48, par la gabacha
2. Le dimanche 17 septembre 2006 à 23:30, par M
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