C'est l'histoire d'un déclin. Le déclin d'une société où le travail était la valeur-force. Le déclin d'une société où l'entraide et la solidarité étaient plus fortes que toutes les misères. Avec le temps, seule la fierté reste et entraîne parfois des situations dramatiques.

C'est l'histoire de 4 hommes et 1 femme, dans la cité ouvrière de Liège. Des lignes de vie souvent brisées qui s'entre-mêlent, avec comme dénominateur commun la pauvreté et la rudesse de la vie dans une cité ouvrière.

Lucas Belvaux nous livre avec «La Raison du plus faible» un film ravageur et révolté, une comédie sociale très noire et tellement réaliste qu'elle donne l'effet d'un coup de poing dans l'estomac. Un film de contestation sociale aussi. Les acteurs sont tous magnifiques de justesse, avec un accent wallon tellement particulier (avec une mention spéciale à Natacha Régnier qui y est très touchante).

Le réalisateur nous expose sa conviction que «la société pousse à la violence parce qu'il n'y a plus de relais de la parole». Une vision pleine d'amertume où la cité ouvrière de Liège prend une dimension incroyable de force, grâce à des plans superbements exploités des tours, des usines et de la cité (notamment l'introduction et le plan final).

Pour finir, un court extrait qui replace bien l'état d'esprit de ces gens abandonnés par cette société où «l'humain devient une variable d'ajustement», selon Lucas Belvaux :

«Qu'est-ce qu'il nous reste à vivre à nous ? Je parle pas du temps qui nous reste... Je veux dire, quelque chose à vivre...

Cherche pas, tu trouveras pas.»

«La Raison du plus faible» raconte un «accident de la vie» comme il y en a malheureusement trop souvent, perdus dans l'indifférence du monde moderne.


Je regrette juste l'affiche qui, bien que très esthétique, est plutôt trompeuse sur la marchandise. Dommage...