Inégalités : la relève est assurée !
Par M, vendredi 23 juin 2006 à 19:00 - Décryptage et actualité - #74 - rss
La droite et notre gouvernement ont fait du bon boulot pour maintenir un haut niveau d'inégalités en France. Heureusement, la gauche est là pour préparer l'avenir et des jours meilleurs !
(soupir) Si seulement...
Le secteur des inégalités en France se porte bien. Un récent article de l'Observatoire des Inégalités en fait une synthèse en chiffres tous plus parlants les uns que les autres, en ce qui concerne les revenus en 2003. Où l'on constate par exemple que les 10% les plus riches concentrent près de 25% des revenus totaux tandis que les 10% les plus pauvres n'en reçoivent que 3%. À titre d'exemple, ces 10% les plus pauvres reçoivent un peu plus de 700€ s'ils sont seuls, et un peu plus de 1500€ pour les familles avec 2 enfants, le tout après impôts et prestations sociales. C'est peu. Si l'on s'intéresse à l'évolution des revenus entre 1996 et 2002, les 10% les plus pauvres ne sont pourtant pas ceux qui s'en sortent le plus mal, sans doute grâce à l'augmentation régulière du SMIG et des minimas sociaux (vraiment pas de quoi se plaindre, n'est-ce pas ?). Ceux qui sont juste au-dessus par contre (suffisamment pour sortir des classes les plus aidées mais pas assez pour échapper à la pauvreté, saleté de système à seuil !) ont bien plus soufferts avec une évolution de 5 à 6% alors que les 60% les plus riches ont tous gagnés près de 8% voir un peu plus sur la même période. Il est d'ailleurs utile de souligner que même si toutes les classes évoluaient au même rythme, les inégalités continueraient à s'amplifier : 5% d'augmentation sur un revenu élevé font beaucoup plus que 5% sur un faible revenu. Pour égayer un peu le tableau, on peut également s'intéresser à l'évolution à plus long terme des inégalités de revenus, et l'Observatoire des Inégalités le fait pour la période 1979-1999, en s'intéressant plus particulièrement aux différentes classes d'âge. La jeunesse de ce pays a tort de s'inquiéter et de manifester bruyamment son opposition au projet de loi sur «l'Égalite des chances». Tout va pour le mieux, de 1979 à 1999, les inégalités de niveau de vie ont faiblement diminué en France. Oui, sauf que si cette tendance est très prononcée chez les plus âgées, elle s'inverse totalement pour les moins de 35 ans chez qui les inégalités se sont considérablement creusées !
Il demeure que l'étude des revenus ne saurait être totalement révélatrice des inégalités et instaure nécessairement un biais social. Celà tombe plutôt bien, le Réseau d'Alerte sur les Inégalités (RAI) présente chaque année un indicateur synthétique, le Bip40 (Baromètre des inégalités et de la pauvreté), qui résume plus de 60 indicateurs regroupés en six grands domaines : revenus, emploi, éducation, logement, santé, justice. Résultat des courses : le cours du Bip40, après déjà 2 années de hausse continue, s'est envolé en 2004 ! Un placement sûr ? Sans doute si l'on regarde dans le détail ce qu'il en ressort... Les causes sont nombreuses et suivent une évolution constante. Au premier rang, le chômage bien sûr ! Alors même que le taux de chômage augmente, que le nombre de sans-emploi indemnisé suit la même tendance et la précarité (CDD, intérim, sous-emploi) se porte pour le mieux, les inégalités face aux chômage se creusent également entre cadres et ouvriers ou entres jeunes et vieux ! Ajoutons au problème du chômage une situation du logement catastrophique, un surendettement record des ménages, une justice qui mise sur la répression avant tout (la population carcérale bat actuellement tous les records), et un accueil des étrangers tout ce qu'il y a de plus chaleureux. Mais il y a encore plus préoccupant pour l'avenir : depuis quelques années, les inégalités se creusent à nouveau dans les domaines de l'éducation et de la santé, domaines qui ne jouent plus du coup leur rôle de tampon républicain.
Pendant ce temps-là, au Parti Socialiste...
Dans ce contexte très favorable à une nouvelle alternance politique, que peut-on attendre de la gauche ? Des propositions ! Des idées ! Un projet global, un nouvel élan ! Et la gauche a su répondre aux attentes en présentant son projet d'alternance (pardon, un «document d'étape»), «pour une vie meilleure dans une France plus juste». En attendant la prochaine, cet avant-projet a déjà été décortiqué en long, en large et en travers. Analyse savoureuse à lire. Le projet ressemble à un prospectus du Club Méd, avec de jolies photos. Et puis quand on se rapproche de trop près, on se rend compte du vide total derrière le bel habillage. Se lit en creux la déroute du Parti Socialiste et les querelles latentes et récurrentes à l'intérieur du parti qui le pousse à pondre ce genre compromis mou tout en se gardant bien d'avoir des idées porteuses et ambitieuses qui pourraient en fâcher certains.
Le PS n'a plus d'idées, pas plus que de fil directeur. Dans ce brouhaha de propositions, heureusement une voix se détache des autres, voici Mme Ségolène Royal. Mme Royal, en bonne présidentiable, est montée au créneau pour défendre «la République du respect» (censée s'opposer à «l'arrogance» et aux «haines recuites» de la droite). De jolis mots tout droit sortis du manuel du PS pré-cité, avec son corollaire de vacuité. Heureusement, Mme Royal a ses propres idées en ce qui concerne la délinquance des jeunes ! Le «Plan Génération Banlieue» proposé par le PS ne va pas assez loin, faîtes donc place à l'armée, Mesdames et Messieurs (sous un roulement de tambours) ! Mais attention, l'armée pour encadrer, la prévention avant la répression ! Enfin, ce qui est chouette dans tout ça, c'est que Mme Royal participe à la réconciliation nationale, et notamment à celle de la droite et de la gauche. M. Nicolas Sarkozy lui-même en convient et tient à féliciter Mme Royal :
"Félicitations Mme Royal, vous êtes sur le bon chemin !"
Avant de rajouter
"Si elle veut me soutenir, elle est bienvenue au club."
Ah là là, quel dommage, alors que l'on assistait à cette magnifique réconciliation Ségolène-Nicolas, voilà qu'un autre drâme se nouait et Dominique de Villepin se brouillait avec François Hollande. Enfin, il fallait s'y attendre...
Évidemment, le temps que j'écrive cette note, le projet a été finalisé et adopté par 85% des militants du PS.

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