Égalité des chances : l'utopie en marche ? [3/4]
Par M, lundi 10 avril 2006 à 11:49 - Décryptage et actualité - #43 - rss
L'année 2006 sera l'année de l'égalité des chances comme grande cause nationale.
C'est pas moi qui l'ai dit, c'est Villepin... Tentative de décryptage en 3 actes et un dénouement.
Premier acte : La lutte contre l'échec scolaire.
Deuxième acte : Redoutable égalité des chances
Troisième acte : L'appartheid scolaire
Dénouement : Quelques pistes pour élargir le débat...
Addendum
Georges Felouzis et Joëlle Perroton [1] décrivent la situation de (non-)mixité sociale à l'école et évoquent l'idée «d'apartheid scolaire» [2], à l'origine de nombreux déséquilibres dans la société actuelle. Denis Collet [3] étaie ces propos en s'appuyant sur l'exemple de la ville de Toulon [4].
Situtation à l'école
Les affectations dans les collèges sont régies par une sectorisation du territoire (ie, à chaque secteur est affecté un collège) mais l'école est de moins en moins le reflet de ces secteurs (en particulier à cause des dérogations, mais également de la politique de certains édiles et/ou directeurs d'écoles, et enfin de la concurrence des écoles privées -voir plus bas). On assiste à un regroupement par catégories sociales à tous niveaux, social ou ethnique, qui aboutit à la création «d'établissement ghettos».
Le résultat en est la faillite du collège unique, incapable de fournir un socle de connaissances et de valeurs unique à tous les élèves ; l'orientation sur des filières professionnelles dès 14 ans ne pouvant que renforcer ces déséquilibres.
Conséquences dans la société
La non-mixité sociale à l'école est le reflet d'un clivage de plus en plus profond dans les villes, une volonté de ne pas se mélanger avec «les autres», un communautarisme latent qui croît de plus en plus.
Mais elle en est également le terreau dans une sorte de cercle terriblement vicieux. Les conséquences en sont radicales : d'un côté une montée du racisme se focalisant sur les collèges ghettos ; de l'autre, un échec de l'intégration (sociale et/ou ethnique) par l'école.
Une solution possible : un «New Deal» à l'école
Pour sortir de ce cercle vicieux, il convient de mettre en place une politique volontariste, qui devra faire face à la résistance des communautés repliées sur elles-mêmes. Le collège unique devrait être remis au centre de l'échiquier, comme source d'un capital de connaissances identique pour tous. Une politique énergique de brassage social et ethnique permettrait alors de se débarasser des collèges ghettos.
Une autre piste proposée est de redéfinir la relation entre les élèves et leur encadrement à l'école.
L'école publique face à l'école privée
Ce «New Deal» à l'école devra toutefois faire face à une redoutable concurrence : celle des écoles privées. Le constat est simple : les classes moyennes et aisées ne sont pas prêtes à renoncer à cette ségrégation qui au fond les arrange. Si une politique de brassage se met en place, la tentation sera grande pour ces classes sociales d'envoyer leurs enfants à l'école privée de leur choix. On voit bien ici les limites et surtout les risques d'une politique de grande ampleur qui serait exécutée sans impliquer les écoles privées.
[1] : Georges Felouzis et Joëlle Perroton sont sociologues à l'université Bordeaux-II, coauteurs avec Françoise Liot de «L'Apartheid scolaire. Enquête sur la ségrégation ethnique dans les collèges», Seuil, Paris, 2005.
[2] : Une copie d'archive de cet article est disponible ici.
[3] : Denis Collet est rédacteur à Cuverville, un espace satirique toulonnais actif depuis 1995.
[4] : Une copie d'archive de cet article est disponible ici.

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