Premier acte : La lutte contre l'échec scolaire.

Deuxième acte : Redoutable égalité des chances

Troisième acte : L'appartheid scolaire

Dénouement : Quelques pistes pour élargir le débat...

Addendum


Louis Maurin [1] analyse pour l'Observatoire des Inégalités la lutte menée par le gouvernement contre l'échec scolaire [2].

L'égalite pour tous ?

Le gouvernement ne cherche pas à promouvoir l'égalité pour tous. Le première mesure annoncée est la création des "programmes de réussite personnalisés", ie des séances de soutien par groupes de moins de 10 élèves. Le gouvernement semble s'attaquer ici aux élèves les plus en difficulté, mais quid de la mise en oeuvre de ce soutien _dans le temps scolaire_ ? Cela ne peut se faire qu'au détriment d'autres notions qui seront à leur tour négligées et créeront de nouvelles difficultés. S'agira-t-il d'enseignants supplémentaires ou bien d'une scission de la classe en plusieurs groupes de niveaux différents ? Où est l'égalité là-dedans si les élèves n'ont pas tous accès au même savoir ?

Une mesure supplémentaire devrait être appliquée aux collèges, à savoir le développement des filières professionnelles dès 15 ans. Encore une fois, on s'écarte de cet enseignement unique jusqu'à 16 ans qui permet, dans l'idéal, de proposer un socle de connaissances communes garantissant de fait une certaine égalité des connaissances (au moins au niveau des savoirs transmis), base de l'égalité des chances. Certes, certaines difficultés semblent être réelles au collège, mais le collège unique en est-il responsable ? Il manque une réponse claire sur l'orientation de l'enseignement à ce sujet-là : socle commun ou bien apprentissage différencié et personnalisé dès le plus jeune âge ?

Lutte contre le chômage, lutte contre l'échec scolaire : même combat, mêmes recettes.

Le gouvernement cherche à appliquer la même doctrine à l'éducation que celle appliquée à la lutte contre le chômage. La première conséquence est un effet d'annonce politique. Le gouvernement propose un certain nombre de mesures qui pourraient, a priori, se révéler très efficaces (il serait contre-productif de préjuger de telles mesures). Cependant, aucun réel effort financier n'est consenti. Pour les "programmes de réussite personnalisés", ""seuls un collège et quelques écoles sont concernées en 2005-2006"" ; 62 millions d'euros affectés aux les "équipes de réussite éducative" (soit ""10 euros par élève du primaire au collège"") ; des moyens limités en ZEP, ""inférieurs à ceux mis en oeuvre dans les autres territoires si l'on prend en compte le fait que les enseignants des ZEP, plus jeunes, sont moins coûteux""...

La deuxième conséquence est cette responsabilisation déjà mise en oeuvre chez les chômeurs (et les employés également) qui consiste à dire que chacun est responsable de sa propre situation, faisant l'impasse sur les origines sociales et/ou géographiques. Il est pourtant bien reconnu que ces 2 critères créent une tendance de fond sur le devenir des élèves. Ceux issus de classes sociales défavorisées auront tendance à priviliégier des études courtes, des filières plus professionnalisantes, et y seront même poussés par les équipes éducatives.

La fin de l'école sous sa forme actuelle ?

Le gouvernement a posé un constat : l'éducation a un problème qui aboutit à un fort échec scolaire. Jusque là, on est d'accord. Mais pour résoudre ce problème, le gouvernement ne semble pas faire confiance à l'école elle-même et au rôle des enseignants. Il accorde des réductions d'impôts pour les cours de soutien en dehors de l'école, créé des groupes de soutien à l'intérieur de l'école, souhaite créer des cursus entièrement personnalisés pour les élèves, etc. Les enseignants n'ont pas eux-même la clé, l'idée de faire le même enseignement pour tous est dorénavant désuette et la seule solution envisagée passe par l'externalisation de l'éducation. Se dirige-t-on vers un enseignement fonction des moyens et des origines des familles ? Assiste-t-on peu à peu à l'enterrement de l'école républicaine ? La réponse est entre les mains des enseignants.


[1] : Louis Maurin est journaliste, responsable de la rubrique "Société" du mensuel Alternatives économiques. Il dirige l'Observatoire des inégalités. (merci Mingo !)

[2] : Une copie d'archive de cet article est disponible ici.